la "garance" de teinturiers

la "garance" de teinturiers


La garance des teinturiers est une plante vivace de la famille des Rubiacées, qui fut largement cultivée pour la teinture rouge extraite de ses racines.

Nom scientifique : Rubia tinctorum L., famille des Rubiacées.

Nom commun : garance, rouge des teinturiers. de : Färberröte, Krapp, en : dyer's madder, es : granza, rubia de tintes, it : robbia salvatica.



Description
Plante vivace par ses rhizomes, à tiges couchées ou grimpantes mesurant jusqu'à 1,5 m de long.

Feuilles apparemment verticillées, munies sur les bords et sur la nervure principale de petits aiguillons qui permettent à la plante de se soutenir en s'appuyant sur les autres plantes.

Fleurs jaunâtres s'épanouissant en début d'été (juin-juillet), à 4-5 pétales soudés à leur base. Fruits charnus (baies), de la taille d'un pois, noirs à maturité.

Le rhizome peut atteindre 80 cm de long.


Distribution
Cette espèce est originaire d'Asie occidentale et centrale : Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, Irak, Iran, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan et d'Europe de l'Est : Russie (Crimée), Ukraine, ex-Yougoslavie. Elle a été répandue par la culture et naturalisée çà et là dans les régions tempérées.

Utilisation
Les racines et les tiges souterraines contiennent de l'alizarine, qui a la propriété de donner aux tissu une belle couleur rouge. Les uniformes de l'armée française l'employaient abondamment avant la première guerre mondiale. Cette teinture naturelle a été remplacée par des colorants synthétiques. La culture de la garance, très ancienne (elle est attestée depuis plus de 3000 ans en Inde) n'est plus qu'un souvenir.

Cette espèce fait partie des plantes recommandées dans le capitulaire De Villis de l'an 812.

La garance mélangée à l'alimentation des animaux colore leur os en rouge, ainsi que le lait.

Le village d'Althen-des-Paluds, département de Vaucluse fut un centre de la culture de la garance en France au XIXe siècle.

La Garance et l'histoire
La garance était connue des Grecs et des Romains et l'ingénieur romain Vitruve précise qu'elle était employée dans les couleurs pourprées.

La culture de la garance qui présentait un grand intérêt économique grâce à la teinture extraite de ses racines, avait été tentée sous le règne de Louis XIV. Pour cela Colbert promulguait une instruction sur la culture et l'emploi de la garance. Un édit exonérait de l'impôt toute personne qui la cultiverait dans les anciens marais asséchés. En 1698 un marchand de Nîmes, Martin, avait obtenu un privilège royal pour en introduire la culture dans le Languedoc, mais ses tentatives qui ne durèrent pas plus de 2 ou 3 ans, restèrent vaines. La Hollande gardait le monopole de cette culture.

En 1754 Jean Althen commença des essais de culture à Saint-Chamond, puis les renouvela à partir de 1763 avec plus de réussite dans le Comtat avec l'appui du marquis de Caumont, premier consul d'Avignon. Il n'y eut cependant aucun essor significatif à cause des importations du Levant. Mais les guerres de la Révolution ayant entravé le commerce, les cultivateurs se lancèrent dans cette culture qui se développa pour atteindre son maximum vers 1860.

En 1839, on compte cinquante moulins à garance en Vaucluse, alors qu'il n'y avait que dix moulins sur la Sorgue en 1804. Le Vaucluse, certaines années, génèrera jusqu'à pratiquement 65% de la garance au niveau mondial. À partir de 1860, plusieurs grandes crises (terres surexploitées, qualité moins bonne, etc.) touchent cette culture de plus en plus concurrencée par les progrès récents de la chimie.Il n'existe plus qu'un seul des cinquante moulins en 1880.

techniques culturales
La culture de cette plante nécessite des sols profonds, défoncés humides mais sans excés pour éviter le pourrissement des racines. La préparation du sol est un véritable travail de forçat car il faut retourner la terre sur au moins 50 cm. et nécessite un outil spécial et renforcé : le "luchet" à trois ou quatre dents. Pour enrichir les sols, les cultivateurs de garance ont été les premiers à utiliser les tourteaux de graines oléagineuses, résidus des huileries de Marseille. Les semis étaient effectués au mois de mars. Des sarclages fréquents étaient nécessaires pour enlever les mauvaises herbes.

La récolte était effectuée au mois de septembre, 3 ans après la plantation afin d'avoir une racine plus riche en matière colorante. L'arrachage était également très pénible et se faisait au "luchet" pour déterrer les racines qui s'enfoncent jusqu'à 70 cm de profondeur. On a aussi utilisé la charrue mais il fallait de 16 à 20 chevaux. Le complément de main-d'œuvre nécessaire était fourni par des ouvriers ruraux de la montagne inoccupés à cette période de l'année. Les rendements obtenus s'élevaient à environ 3 tonnes par hectare.

Après la récolte, la terre fort bien ameublie conservait une grande partie de la matière organique. La culture de la garance constituait donc une trés bonne tête d'assolement pour les cultures ultérieures : blé, luzerne, etc. Elle était très bien adaptée aux petites exploitations familiales. De plus le feuillage de la plante, qui était coupé pour favoriser le développement des racines, constituait un fourrage de qualité.

Causes du marasme
Une première crise était apparue dés 1861 avec une baisse des importations de coton d'Amérique due à la guerre, d'où un moindre besoin de matières colorantes.

La synthèse chimique de l'alizarine en 1869 allait amener la disparition trés rapide de la garance, phénomène qui coïncide avec la crise de la vigne due à l'apparition du phylloxera. Une légère reprise était apparue en 1871 par suite de décisions malheureuses de certains viticulteurs qui, touchés par la crise du phylloxera, ont remplacé leur vigne par la garance.

Essais de relance
Pour faire face aux difficultés économiques, une commission des essais pour l'amélioration de la culture de la garance a été mise en place. Cette commission tirait un premier bilan le 1er mars 1875 avec un rapport de Auguste Besse à la chambre de commerce et à la société d'agriculture. Ce rapport donnait les indications sur les meilleurs engrais à utiliser. Dans un deuxième rapport du 29 mars 1876 la commission reconnaissait que malgré des essais positifs sur l'emploi des engrais, la lutte devenait inutile.

Autour de 1880 toutes les garancières avaient disparu: les statistiques agricoles annuelles qui paraissent à compter de 1884 ne contiennent aucune mention relative à la garance.

Usage médical
Garidel cite dans son livre "Plantes qui naissent aux environs d'Aix" la garance qui "débouche les obstructions du foye, de la rate et de la matrice". Après avoir précisé qu'elle est une des cinq racines apéritives, il ajoute " les teinturiers s'en servent pour teindre en rouge qu'on appelle vulgairement rouge garance. Les feuilles et les tiges servent à nettoyer la vaisselle d'étain...préférable à l'Equisetum".

D'après le docteur Debuigne la garance serait recommandée contre la jaunisse, l'anémie et les dartres [1]. Leclerc en 1933 confirmait les propriétés diurétiques. C'est pour cette dernière propriété que les arabes l'emploient encore. Les principes actifs seraient l'acide rubérythrique, la purpurine, la chinizarine etc. Pour certains ces propriétés seraient d'ordre dissolvant, il y aurait formation de complexes solubles, calciques et magnésiens, prévenant la formation des calculs
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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 09:53

le "pastel"au pays de cocagne

le "pastel"au pays de cocagne
Conditions de son développement



Des conditions d'ordre géologique et climatique
Le pastel a besoin pour se développer d'un sol riche et meuble, siliceux, calcaire et argileux : la plante trouva des conditions favorables en Lauragais et dans l'Albigeois bénéficiant d'hivers relativement doux et pluvieux suivis d'étés ensoleillés. D'autres régions lui furent également propices : la Picardie, la Thuringe, les Flandres.
A cause de l'épuisement du sol, occasionné par la culture du pastel, les terres étaient laissées en jachère, l'année suivante, puis cultivées en céréales, avant d'être à nouveau consacrées au pastel. En raison de cette difficulté, les paysans ne lui ont jamais donné l'exclusivité de leurs terres. Dans le meilleur des cas, et dans la période la plus faste, soit entre 1520 et 1560, le pastel a, à peine, couvert 14% des terres, d'où une certaine fragilité de cette production.




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Son apparition en Occident
Le pastel est apparu probablement au début du XIIème siècle, en provenance d'Espagne ou d'Orient. Il atteint son âge d'or en France, fin XVème et au XVIème, dans la période comprise entre 1463 et 1562 au moment des guerres de Religion.



Au Moyen Age en concurrence avec d'autres teintures
le kermès : les oeufs du kermès, puceron associé au chêne-kermès, une fois traités et séchés donnent un rouge écarlate

la garance, plante herbacée dont la racine fournit une matière colorante rouge (le rouge garance des pantalons de l'infanterie)

la gaude, réséda des teinturiers, produit une couleur vert-jaunâtre.

Le développement de l'art vestimentaire très coloré entraîne un usage accru de ces plantes. Les différentes teintures permettent en effet une distinction des classes sociales par appropriation de couleurs spécifiques.



A l'origine de l'expression "Pays de Cocagne"
L'expression célèbre de "Pays de Cocagne" est liée aux "coques", étape ultime de traitement de la plante. Elle remonte au début du XIIIème et évoque déjà toute la richesse symbolisée par le pastel dans l'économie du Lauragais et de l'Albigeois où la plante fut cultivée et sa teinture commercialisée.


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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 09:44

au pays de COCAGNE

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Le mirifique Pays de Cocagne appartient à la légende, mais surtout à l'histoire.

Pour en savoir plus
Le chanteur et poète toulousain Claude Nougaro a prouvé que cet accent-là s'accommodait fièrement au tempo du jazz et pouvait aussi donner un supplément d'âme au fameux « ô moun païs, ô Toulouse » signé il y a cent ans par un enfant du pays vauréen, peintre et poète autodidacte, Lucien Mengaud, sur une musique de Louis Deffès. Mais prenons garde, l'homme le plus célèbre de l'endroit n'est ni un poète, ni un chanteur, mais un psychiatre, le premier de tous, puisque cet homme des Lumières révolutionna le traitement de la démence en abolissant la violence, en libérant les aliénés de leurs chaînes. Bref il inventa la psychiatrie moderne. Il s'appelait Philippe Pinel et fit à Lavaur, avant Toulouse, ses humanités.

Il ne fut pas un territoire utopique né de l'imagination des conteurs occitans. Il a existé dans le Midi languedocien, à cheval sur deux siècles, le XIVe et le XVIe, marquant ainsi la renaissance économique et culturelle d'un pays qui avait perdu son indépendance et presque son identité au siècle de Saint-Louis. C'est à partir des rives de l'Agout, navigable en ce temps-là, que le Pays de Cocagne a commencé à conquérir son nom. Sa période de splendeur n'aura duré que soixante-dix ans, mais ce fut assez pour enfiévrer les imaginations.

Le prestige durable du Pays de Cocagne survit à la disparition de sa richesse, vers la fin du 16e siècle. Il repose tout entier sur les vertus tinctoriales des feuilles d'une plante d'apparence modeste, résistante au froid comme à la canicule, affectionnant les terrains calcaires et dont les fleurs s'épanouissent en avril en dégageant une odeur de miel.

Le pastel (Isatis Tinctoria) a fait la fortune de ceux qui l'ont cultivé, transformé (en boule de pastel séché qu'on appelait la cocagne ou la coque), commercialisé enfin via les ports de Bordeaux, Narbonne, Marseille, pour être acheminé vers l'Europe du Nord, celle des grands drapiers des Flandres en priorité ou vers l'Europe du Sud (l'Espagne, l'Italie) et l'Orient. Tout s'est passé dans un triangle délimité par les villes d'Albi, Toulouse et Carcassonne. Le val d'Agout a été le centre de ce triangle bleu.

La qualité des terrains et du climat (pluie et chaleur) jointe au savoir-faire des pasteliers qui avaient mené à son point d'excellence la délicate élaboration et fermentation (six mois) des coques et de l'agranat qu'on obtenait en concassant la pâte séchée, aboutissaient à ce qu'on considérait comme le meilleur pastel au monde.

Les coques se vendaient par milliers de tonnes chaque année, l'agranat s'échangeait à prix d'or et la réputation de ce pastel d'un bleu exceptionnel rejaillissait sur tout le pays.

L'indigo supplanta le pastel. Napoléon I er s'efforça de redonner vie à cette culture dans sa région d'origine pour concurrencer l'indigo devenu matière rare pour cause de blocus. Pourtant l'aventure de l'innovation est toujours à recommencer.

Aujourd'hui que reste-t-il de cette flamboyante épopée industrielle qui a redonné la fortune à un pays pourtant mortifié par les guerres de religion entre catholiques et protestants ? Outre les splendides hôtels en briques des grands commerçants toulousains du pastel où l'on imagine volontiers des représentations élisabéthaines, on observe un retour de flamme vers cette plante qui n'en finit pas de refleurir sur sa terre d'élection.
Du Temps des Romains à celui des Albigeois

À voyager un peu, beaucoup, passionnément, on a vite fait de se persuader que « la forme d'une ville change plus vite que le cœur d'un homme ». Dans cette zone de confluence que constituent les vallées du Tarn et de l'Agout, il n'y a pas que les rivières qui se rencontrent et qui fusionnent. Les civilisations et les religions aussi. Il y a huit mille ans que les hommes s'activent sur ces terres, les labourent, les font fructifier, pêchent dans les rivières, tissent et font de la céramique.

Les Romains ont apporté comme partout ailleurs leurs amphores et ont donné aux Gaulois, qui eux inventèrent le tonneau, le goût du vin. On peut dire que ce goût-là est resté puisque les vignes jeunes s'ajoutent désormais aux vignes anciennes. Les Romains apportèrent la technique de la brique, des tuiles et des pavements des routes. Nous sommes toujours leurs héritiers. La brique, crue ou cuite, et les tuiles règnent ici sans partage, mais aussi sans monotonie, associées à la pierre et aux galets dans les murs des fermes basses flanquées de pigeonniers et qui continuent de rythmer un espace libre de tout excès de construction. Dans la mouvance toulousaine, les villes et villages de la Haute-Garonne et du Tarn sont roses eux aussi.
Si ces terres de si vieilles habitations furent un temps hérétiques, elles ne l'ont été que par excès de spiritualité. La Croisade contre les Albigeois a duré vingt ans. Elle a vaincu. Le plus grand bûcher de celle-ci fut allumé à Lavaur. Mais la croisade n'est pas venue à bout de l'honneur cathare incarné par une femme du nom de Dame Guiraude que l'on continue de célébrer, parce qu'elle est morte enterrée vive au fond d'un puits où l'avaient jetée les soldats de Simon de Montfort.
Les saisons ne changent pas de cap

Au printemps, la campagne est verte comme dans les Highlands écossais ou comme en Normandie puisqu'ici les pommiers sont également en fleurs à cette saison. L'été s'épanouit dans un décor où cyprès et pins parasols aidant, on se croirait en Toscane. La saison chaude finie, l'automne s'annonce après l'éblouissement des tournesols qui précède celui de la vigne. Les villes et les villages sont restés dans leur jus, si on peut dire depuis leur création, avec parfois leurs blessures apparentes qui nous rendent les vieilles demeures restaurées émouvantes.

Pour Paul Ruffié, attaché de conservation du patrimoine auprès de la ville de Lavaur, il n'y a aucun doute c'est un bienfait. « Notre chance, si on peut dire, c'est que nous avons été mis à l'écart des restaurations sauvages. Du moins les bâtiments n'ont pas été dénaturés ». Aujourd'hui si beaucoup reste à faire dans ce domaine, une grande partie a été menée à bien, aussi bien à Saint-Sulpice-la-Pointe dans ses quartiers anciens qu'à Lavaur autour de la cathédrale Saint-Alain de style gothique méridional qui possède le seul Jacquemart de tout le Sud-Ouest. Si le Jacquemart sonne les heures et les demi-heures du haut de sa tour romane, ce n'est pas pour nous faire presser le pas, mais au contraire, pour nous permettre de mieux savourer ce qu'André Breton appelait « l'or du temps » et qui prend ici au soleil couchant tout son sens.
Mais si le nom de Lavaur a voyagé au-delà du Channel et cela depuis des lustres, c'est plutôt grâce au tableau le plus célèbre de la National Gallery de Londres, « les Ambassadeurs français », signé d'Holbein le Jeune et qui représente notamment l'évêque de Lavaur, Georges de Selves, ambassadeur de François 1er. Certes ce tableau est plus célèbre à cause du renom du peintre et de la présence d'une anamorphose d'une tête de mort au centre de l'œuvre, qu'à cause du rayonnement de ses diplomates. Et pourtant, la richesse des habits de Georges de Selves laisse bien augurer de celle de l'évêché. Il est vrai que nous sommes au temps béni du pastel.
Après le pastel, la soie.

Sa destinée a été liée au sort d'une manufacture royale installée dans les locaux de l'hôpital de Lavaur et qui ferma ses portes en 1772. Mais pour autant, la vallée de l'Agout n'en avait pas fini avec l'élevage du ver à soie qui fut repris au XIXe siècle avec l'implantation d'une manufacture (en 1812) et de sept filatures (1862) ainsi que par la reprise du « marché aux cocons » qui étaient faits maison. Si l'on ne tisse plus la soie, quelques mûriers plus que centenaires continuent de tenir bon. On les reconnaît de loin à leur alignement imposant. Le vent ne les a pas courbés, comme il n'a pas courbé les pins solitaires qui furent, il y a quatre siècles, des signes de reconnaissance pour les protestants.
Des deux côtés du Tarn et de l'Agout on roule les « r ».

L'accent chantant de la langue d'origine, la langue d'oc, sous-tend le parler de la langue d'oil et résonne toujours dans les marchés de plein vent qui méritent bien leur nom les jours où l'auta, c'est à dire le vent d'autan, souffle.
au pays de COCAGNE
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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 09:39

le pays de Cocagne


Le Pays de Cocagne est, dans l'imaginaire européen, une sorte de paradis terrestre, une contrée miraculeuse dont la nature déborde de générosité pour ses habitants et ses hôtes. Loin des famines et des guerres, Cocagne est une terre de fêtes et de bombances perpétuelles, d'inversion des valeurs et des lois naturelles, où l'on prône le jeu et la paresse, et où le travail est proscrit.
ORIGINE
Dans son livre La faim et l'abondance, Massimo Montanari situe la naissance du mythe de Cocagne entre le XIIe et le XIVe siècle. On trouverait une des plus anciennes références dans les Carmina Burana, ces chants de clercs vagabonds rebelles et défroqués qui célébraient le vin, l'amour libre, le jeu et la débauche (les Goliards). Un personnage s'y présente comme l'abbé de Cocagne : « Ego sum abbas cucaniensis ». En 1250 environ, un texte en ancien français intitulé le Fabliau de Coquaigne décrit ce pays de fêtes continuelles, du luxe et de l'oisiveté, où plus on dort et plus on gagne.

Cocagne vient selon les uns du canton de Cuccagna en Italie, sur la route de Rome à Loreto ; selon d'autres, du poète macaronique Teofilo Folengo, surnommé Merlin Coccaie, qui dans ses vers aurait décrit ce pays délicieux ; ou enfin d'une fête instituée à Naples sous un nom analogue, dans laquelle on distribuait au peuple des comestibles et du vin.

Étymologie
Le pays d'abondance avait le même nom ou presque dans beaucoup de langues européennes, comme en anglais « the Land of Cockaigne », ou « Cokaygne », en italien « Cuccagna ». Les Flamands l'appelaient tantôt « Het Luilekkerland » (« Pays des douces friandises »), tantôt « Kokanje », mais aussi « Cockaengen ».

L'étymologie du nom a été très discutée :

Aux Pays-Bas, on a dit qu'il venait de celui de la ville de Kockengen dans la province d'Utrecht, ou bien de l'expression « het land van de honingkoeken » : « le pays des gâteaux de miel ».
Le mot anglais « cockaigne » serait attesté dès 1305 environ, issu de l'ancien français « coquaigne ». Lui-même est d'origine obscure : provient-il de mots hérités du latin « coquere », « cuisiner » (par exemple l'anglais « to cook ») ou bien d'autres mots germaniques désignant les gâteaux, comme l'anglais « cake », le wallon « couque », etc ?
Mais les « coques » ou « coquaignes » désignent aussi des petits pains de pastel fabriqués dans le Lauragais en Languedoc pour la teinture bleue dont ils sont la dernière phase de traitement, et qui firent la fortune de ce pays et lui donnèrent le surnom de Pays de cocagne. Cette couleur est aussi dite "bleu de Cocagne".


Le pays de Cocagne, par Pieter Bruegel l'Ancien (1567)En 1567, peut-être alors même que Bruxelles était déjà mise à feu et à sang par le duc d'Albe et ses 60 000 soldats, venus au nom de Philippe II d'Espagne persécuter l'hérétique anabaptiste, le protestant luthérien ou calviniste et mater la révolte des Gueux, Pieter Bruegel se réfugiait dans la peinture de son Pays de Cocagne.

Le tableau montre trois personnages endormis ou somnolant, repus, sous un arbre qui porte une table couverte de mets. Un clerc, un chevalier et un paysan y représentent les trois ordres de la société médiévale : le clergé, la noblesse d'arme et la paysannerie, tous trois ici égaux dans la bombance et la quiétude opulente.

Les frontières terrestres du Pays de Cocagne sont faites de montagnes de bouille ou de gelée. Une fois arrivé dans cette contrée paradisiaque, on peut s'attendre à ce que les cailles nous tombent toutes rôties dans le gosier, comme le fait le soldat situé à gauche du tableau, bouche grande ouverte, et néanmoins protégé par un toit couvert de tartes. On y voit des oies qui viennent se jeter toutes cuites sur les plats, des cochons qui accourent vers nous lardés d'un couteau et des cactus formés de galettes, des œufs à la coque qui courent...

Ici les soldats ont déposé leurs armes, les agriculteurs leur fléau, les étudiants se couchent sur leurs livres, pour une trève perpétuelle sous les auspices d'une nature généreuse. Le pays de Cocagne peut être vu comme une expression de l'aspiration à la prospérité universelle, à la paix et à l'égalité, un paradis terrestre, une utopie
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le pays de Cocagne
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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 09:24